• Formes spectaculaires

    Cycle SIP

    Saint Germain des Prés

distribution

Mise en scène, chorégraphie et costumes : Richard Cayre / Interprètes : Bioletta Marcassine, Lucie Handshoewercker, Stéphane Léchit, R.C. / Lumières et vidéo : Guillaume Pons / Scénographie : R.C., Guillaume Pons / Réalisation des décors : Bruno Cornet, Valérie Dumartin / Réalisation des costumes : Tien N’Guyen, Valérie Dumartin / Espace sonore : Guillaume Pons, Stéphane Léchit / Conception graphique : Jean Marc Saint Paul

 

 

argument

Saint Germain des Prés nous parle de la difficulté qu’éprouve chacun de nous à trouver son identité et pose la question existentielle de qui suis je en choisissant le parti pris de la comédie plutôt que celui de la tragédie. Les interprètes tour à tour danseurs, comédiens et musiciens évoluent sur scène dans une atmosphère décalée,étrange où tout peut basculer d’un instant à l’autre.

Quatre protagonistes se retrouvent dans un lieu d’une blancheur immaculée, entre rêve et réalité, espace rappelant un vaisseau spatial, une clinique ou encore une maison de poupée. On ne sait pas très bien où ils sont,eux-mêmes ont tout oublié.
Au gré des événements, ils vont tenter de se parler, se rencontrer, retrouver leurs identités, en douter, allant jusqu’à remettre en cause leur existence réelle même.
Voici les préoccupations qui les animent, source de quiproquos , d’angoisses existentielles, mais surtout porteuses d’une grande drôlerie. Ce moment à partager avec eux est source de joie et de rire car leurs situations et relations souvent ubuesques, loin de les angoisser, les amusent. Ils s’émerveillent constamment de ce qui les anime et les dépasse souvent.


Richard CAYRE

 

Depuis notre enfance chacun de nous est appelé par un prénom choisi par d’autres, doit se conformer à des codes appartenant à une société dans laquelle il se trouve parachuté à la naissance et à laquelle il n’a d’autre
choix que de s’adapter, du moins dans un premier temps. Il va falloir apprendre un langage, tenter de bien se comporter, adopter les bonnes moeurs… Finalement ce qui est extérieur à notre personne exerce une pression
continue sur nous et nous modèle.
Toute cette pression s’accumule dans les corps durant des années créant des façons de se déplacer, de communiquer, d’être, extrêmement contraintes et de plus en plus stéréotypées. Plus l’étau se resserre et plus nous tentons de nous persuader de la valeur essentielle que constitue notre timide identité sociale. Certains personnages de la pièce répètent, pour ce faire, leur prénom en boucle (« je m’appelle Jean Paul, je m’appelle Jean Paul, je m’appelle Jean Paul, je m’appelle Jean Paul… »).
Ce que fait le corps quand l’individu arrive à un état de tension maximale nous est donné à voir ici. Expirations sonores, marches désarticulées, rafales verbales, danses éthérées… Lorsque l’explosion aura eu lieu chacun découvrira une nouvelle façon de se mouvoir, de danser, de chanter, de s’ouvrir à l’autre.


Stéphane LECHIT

 

Imaginons ceci :

dans 10 000 ans, que restera-t’il de nous ?
sûrement quelques rares traces.

Peut-être qu’à partir de ces traces est-il possible de construire une fiction qui tenterai de donner une idée de ce qu’était l’humanité 10 000 ans plus tôt,
comme nous le faisons aujourd’hui pour les civilisations disparues à partir de sources archéologiques.
A partir d’un tesson de poterie, d’un fragment de tissu, nous essayons de reconstruire la vie du paléolithique.
Nous extrapolons à l’infini, nous supputons, nous rêvons en fait, et chaque génération vient reconstruire la vision de la génération précédente.
L’image ainsi obtenue n’est en fait que provisoire et parcellaire.
Mais quelle importance ?
Elle donne un éclairage qui par sa singularité questionne à nouveau les positions établies, les concepts, les termes.

Englué dans la somme des aspects de la connaissance du l’univers, je ne peux, de toutes façons  pas en saisir la totalité.
De quelques manière que je l’envisage je suis déjà dans ce travail de roman du monde dans lequel sont les archéologues.

Alors je radicalise c’est état d’impossibilité de saisie globale de la réalité en réduisant au maximum les éléments de base de mise en branle de la pensée.

A partir de rares objets (mobilier, masques), d’une vingtaine de mots, de quelques gestes disparates, de peu de concepts (le moi, le çà, le sur-moi, le conscient, l’inconscient, autrui), que je frotte entre eux, use, combine, oppose, je reconstruit un monde qui m’étonne et remet en chantier des questions fondamentales comme celles-ci : qu’est ce que c’est au juste qu’un être humain ? Quels sont les dénominateurs communs entre deux êtres humains ? Quelles sont les questions fondamentales ? Y a-t’il une question racine ?

Donner une réponse n’a que peu d’intérêt pour moi.
ce qui m’intéresse c’est de réactiver ce questionnement et, en l’occurrence, de le partager avec un public par le biais d’une forme de représentation spectaculaire dont la fonction n’est pas de le rassurer en lui donnant des réponses ou même des formulations possibles, mais contraire de le laisser face à la conscience de sa propre incapacité à lire le monde d’une manière définitive.

En ceci, je m’inscrit dans une forme de théâtre post-moderne, le théâtre post-dramatique.
Ici, pas d’histoire, seulement une conjonction spatio-temporelle de signes convoquant chez chaque individu une histoire personnelle différente en collision avec la représentation.
Les formes de langages sont usées et vidées de leur sens et même de leurs fonctions.
Elles ne sont plus des moyens de raisonner mais des sources de résonances.
les mots et les gestes ne sont plus des termes mais au contraire de nouveaux points de départs.
Il sourd alors un sens inédit et sûrement en grande partie obscur dans l’esprit dans lequel il se développe parce que non balisé par un prêt à penser.

Il n’y a plus d’histoire et de narration parce que l’histoire et la narration réduisent là où je veux ouvrir.

Il n’y a plus de message parce que je suis moi-même trop conscient de la limite de mon propre savoir et de la vanité de le revendiquer.

Saint Germain des Près est la manifestation de ce mouvement de pensée.
En ceci il est irréductible au langage et ne peut être expliqué.
on ne peut que le décrire par fragments en gardant dans la conscience qu’il y aura autant de descriptions différentes que d’individus tentant de le décrire.
seule la compilation exhaustive de la totalité des descriptions permettrait de le poser en temps que terme possible.
Il est donc insaisissable par nature, comme toute forme de poésie.
Et c’est là sa beauté.

Pourquoi sommes-nous fasciné par la beauté de l’horizon ?
Que signifie-t’il ?
Peu importe. Il existe et cela suffit.
Et sans comprendre l’horizon nous le contemplons et admirons sa beauté.
L’important est qu’il reste ce qu’il est, un mirage qui nous porte à rêver.


Richard CAYRE

partenaires

Co-production : Pôle Culturel Intercommunal / La Centrifugeuse.
Soutien (Résidence Studio) : Ecrire un Mouvement.
La compagnie La Ligne De Désir est subventionnée par la Ville de Pau.

 

 

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